Les ghats de Varanasi : Gange, crémations et culture

Crémation sur les ghats de Varanasi

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Visitez et découvrez les ghats de Varanasi à travers un récit de Patrick Rancoule : culture, traditions, rituels, le Gange, la mort, la vie…
 

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Les crémations à Varanasi

Le ghat de crémation Harishshandra ghat, l’un des deux ghats principaux de Bénarès, est forcément un lieu marquant. On y passe obligatoirement devant, quand pendant la mousson on n’y passe pas dedans. Il y a toujours plus ou moins de bûchers funéraires qui brûlent. Les rares moments calmes permettent de rassembler les cendres en de gros tas, avant que les suivants n’arrivent. Pas de femmes ici, elles sont restées à la maison pleurer, l’âme du mort ne doit pas être retenue plus longtemps. Le fils ainé, le plus souvent, est rasé et s’habille d’un doti blanc (sorte de sari masculin qui sert de pantalon et qui mesure 4 à 5 mètres de long), couleur du deuil. C’est lui qui fera tous les rituels sur les conseils d’un prêtre.

Tout commence par l’achat du bois, affaire grave parce que c’est cher ! Les défunts ont été amenés sur des brancards de bambous (les bengalis utilisent un lit de corde), enveloppés d’un suaire blanc et couverts de tissus brillants, or ou argent, et de fleurs. Portés sur les épaules de 2 ou 4 hommes dans la rue, suivis de la famille masculine et des amis, ils chantent en rythme : “Ram nam sakta hai“, en invoquant le nom du dieu Ram. On en voit parfois sur le toit des auto-rickshaws ou sur des jeeps, tout dépend d’où viennent les gens. Parfois il y a des musiciens et des membres de la famille dansent devant le cortège, l’alcool aidant. Il s’agit alors d’une personne morte très vieille, donc on célèbre sa longue vie.

On voit parfois aussi un homme, le père, portant un paquet enveloppé de blanc dans ses bras, entouré de ses 2 ou 3 fils, et qui se dirige vers le fleuve. C’est un enfant mort né ou en bas âge qu’il amène au Gange pour l’immerger. Pas de crémation pour les enfants bébé, les femmes enceinte ou mortes en couche, pour les sâdhus et pour certains morts de maladie particulière. Les corps sont alors lestés au milieu du fleuve avec une pierre ou un sac de sable. Certaines vaches aussi. Ils sont considérés comme purs et ne nécessitent pas de purification par le feu. En étant confiés au fleuve le plus sacré de l’Inde, consacré par le dieu Shiva en personne, ils entrent dans le nirvana. Mais vaut-il mieux cela à la crémation ?
 

 
 
Une fois, je marchais sur les ghats et je vois un chien en train de faire rouler quelque chose, cela faisait “clok, clok“, bizarre bruit pour un os ou un bâton. En fait il s’agissait d’un crâne humain que le chien avait du retirer de la rive. Plusieurs autres fois, ce sont des corps bien gonflés, encore entourés de leur suaire un peu défait, qui flottaient sur l’eau ou qui venaient de s’échouer sur un bord, à quelques mètres de quelqu’un qui se lavait ou qui nettoyait du linge. Une telle banalité dans ce pays, que personne n’y prête attention du moment que ce n’est pas trop près.

Sur le ghat de crémation, les buchers sont bâtis avec des gros bouts de bois, morceaux de troncs de différentes espèces selon le prix que l’on a payé. Un minimum est requis pour assurer la crémation, davantage est mieux pour que tout soit bien brulé jusqu’au bout. Le corps est posé sur le bucher et du bois est rajouté dessus. En général la tête est sur un bord et les pieds dépassent largement de l’autre côté. Lorsque le bucher est allumé par le fils ainé avec de la paille, de l’huile (du ghee), des copeaux de santal, de grandes flammes masquent tout pratiquement, rien ne se distingue du bois ou du corps. Quand les jambes sont brulées aux genoux, on les rabats sur le milieu, la tête sera enfoncée plus tard vers l’intérieur. La poitrine est la partie la plus difficile à bruler à cause des poumons. Mais en général on ne voit pas grand-chose, les branches et les membres se ressemblent, les flammes enveloppent tout. Et la plus part du temps on ne sent que l’odeur d’un feu de bois.

La crémation peut durer plusieurs heures. La famille reste à côté jusqu’à la fin. Quelques os qui n’ont pas brulés seront ramassés à la fin et jetés au Gange. Pendant les crémations qui sont faites sur la rive même, la hauteur signifiant la hiérarchie de caste, les chèvres, les vaches et les chiens traversent ça et là. Les chiens essayent d’attraper des morceaux de chairs au milieu des feux, grognent ou se battent pour un os, au milieu des familles qui regardent indifférentes.

L’âme est partie, le corps n’a plus de sens et doit disparaître. Les bouddhistes au Tibet les découpent et les donnent aux rapaces, les Parsis (religion Zoroastre) à Bombay ont leurs “tours du silence“ où les corps sont livrés aux vautours. Conceptions bien différentes des chrétiens ou des musulmans qui mettent en terre ! Les millions d’indiens ne viennent pas se faire incinérer sur ces deux seuls ghats de Bénarès, même s’ils le souhaitent. À Ramnagar, en face de la ville, les morts sont incinérés sur le bord de la plage de sable fin, pourtant rive maudite où paraît-il on est réincarné en âne.
 

Crémation sur les ghats de Varanasi
Crédit : Patrick Rancoule / Crémation à Varanasi

 

Ballade sur les ghats de Varanasi

En marchant le long des ghats on passe aux pieds des imposantes murailles des palais des différents maharajas (Jodhpur, Jaipur, Mysore, …). Ornés de colonnes gigantesques, construits il y a deux ou trois cents ans, les palais dominent le Gange et l’ornent comme un écrin. De petits temples aux dômes pointus s’étalent le long des ghats et l’architecture n’a pratiquement pas changée depuis plusieurs siècles. Chaque quartier, chaque maharaja, à fait construire son ghat, plus ou moins grand, plus ou moins haut, chacun ayant rajouté des marches aux suivantes ou aux précédentes, faisant tout un enchainement où l’on monte et descend tout le temps puisqu’il n’y a pas de coordination entre les ghats.

Au-dessus, la vielle ville, le showk, s’étend dans de minuscules ruelles. Puis plus loin encore, la ville moderne s’étale jusqu’à la Varuna et même Sarnath, lieu du premier sermon du Bouddha il y a près de 2500 ans.

À la fois lieu de vie et de mort, les ghats sont l’âme de la ville, là où la tradition se perpétue, se vit au jour le jour, accueillant les milliers de pèlerins venus du sud de l’inde ou d’ailleurs, les touristes occidentaux, mais aussi les résidents des quartiers avoisinants, musulmans ou hindous.

Les uns se promenant, les autres donnant à manger aux pigeons, d’autres encore travaillant de leur métier au bord du Gange : laveurs de linge, pécheurs, bateliers pour les promenades touristiques, vendeurs de chai, rabatteurs pour les boutiques de soie, guides plus ou moins officiels, fidèles venant se laver dans le Gange, brahmanes officiant pour des familles, palmistes (ceux qui lisent dans la paume de la main) et puis tous les enfants qui jouent au cerf volant, au criquet ou à taper dans un bout de bois conique, les adultes qui jouent aux petits chevaux ou aux échecs, aux dames, ceux qui jouent de l’argent aux cartes, les petits couples qui se font la cour et les jeunes qui s’ennuient en écoutant de la musique sur leur téléphone portable.

Les chiens dorment dans les tas de cendre des feux allumés l’hiver, ou se promènent seuls ou en meute, ceux qui chassent méchamment un intrus qui a osé traverser leur ghat et ceux qui attendent patiemment qu’on leur donne des gâteaux. Parfois un varan vient déloger les oiseaux dans les nids des murs pour y manger les œufs , parfois un attroupement sur la rive boueuse en fin de mousson indique qu’un cobra a été vu dans un trou.
 
 

Patrick Rancoule

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À propos de l’auteur

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Patrick Rancoule
Je suis né en 1964 et j'habite dans les Pyrénées Orientales. J'ai été Maître Verrier, infographiste. Je suis en Inde depuis 2004, d'abord à Calcutta 3 ans chez Mère Teresa puis à Bénarès depuis 2007. J'ai une association (kamalkedil.org) dont l'activité est de faire des soins dans la rue dans un quartier hindou. Je suis photographe amateur et mon activité professionnelle est sculpteur sur pierre.

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